Dynamique et Thermique des Fluides Hypercompressibles
(proches du point critique)
S = Phase Solide G = Phase
Gazeuse L = Phase Liquide
FSC = Fluide Supercritique
Surface d'état d'un corps pur
Contexte Scientifique
Les fluides proches de leur point critique liquide-vapeur ont des propriétés thermodynamiques et des coefficients de transport très particuliers. Par exemple, leur compressibilité est très grande bien que leur masse volumique soit en même temps très élevée. Ces fluides, largement utilisés dans des secteurs industriels très divers (industries spatiale, pétrolière, agro-alimentaire, chimique ...), sont donc des systèmes aux propriétés très spécifiques et souvent surprenantes. En particulier, ils sont le siège d’un quatrième mode de transport de la chaleur, l’Effet Piston, couplage thermo-acoustique découvert en 1990 et qui gouverne entièrement la relaxation de la température sur des échelles de temps bien plus courtes que la diffusion ou la convection naturelle. L’existence de ce mécanisme de relaxation spécifique bouleverse totalement la dynamique des fluides supercritiques, même dans des situations considérées comme classiques dans des fluides usuels.
Recherche à l'Institut Jean le Rond d'Alembert (équipe FCIH)
Dans ce contexte, je conduis au sein de
l'équipe FCIH de l'Institut Jean le Rond d'Alembert une
opération de recherche intitulée Hydrodynamique et
Thermique des Fluides Hypercompressibles. L’objet de cette
opération est double : (i) re-examiner les problèmes
« classiques » de la mécanique des fluides dans le
contexte particulier des fluides hypercompressibles (supercritiques)
pour découvrir quels sont les nouveaux phénomènes
que leur dynamique particulière entraîne ; (ii) appliquer
les modèles ainsi construits à des situations à
caractère opérationnel (dimensionnement
d’expériences, études de problèmes
couplés intéressant l’industrie, …). Ce
travail se développe simultanément selon des approches
théoriques, numériques et expérimentales. Le volet
théorique est réalisé en interne à
l'Institut, les outils les plus fréquemment employés
étant l’analyse asymptotique de perturbations
singulières, l’analyse de stabilité linéaire
ou faiblement non linéaire et plus généralement
les méthodes classiques de résolution
d’équations aux dérivées partielles. Les
volets numériques et expérimentaux sont
réalisés dans le cadre de coopérations nationales
et internationales avec différents organismes et équipes
qui seront décrits ci-dessous.
On peut schématiquement classer les différents
éléments de ce travail selon trois axes principaux:
Caractérisation
théorique des mécanismes de relaxation dans les fluides
supercritiques
P. Carlès, R. Bonnefoi, en collaboration avec
l’équipe de M. Barmatz au JPL (NASA/Caltech, Etats-Unis)
et l’équipe de A. Onuki à l'Université
de Kyoto (Japon)
Dans cette catégorie de travaux,
l’utilisation de méthodes asymptotiques, numériques
et expérimentales vise à caractériser les
particularités du transport de masse et de chaleur près
du point critique, et plus généralement
l’interaction des différents mécanismes de
relaxation thermoacoustiques dans les fluides supercritiques. En
particulier, on recherche les différents régimes de
comportement de l’Effet Piston, au travers de modèles
asymptotiques qui permettent d'analyser le comportement du fluide dans
des gammes de paramètres où la simulation
numérique est encore impossible (et
l’expérimentation tout juste émergeante). De tels
modèles ont déjà été
appliqués avec succès, en particulier, au dimensionnement
d'une expérience spatiale du département de
cryogénie du Jet Propulsion Laboratory (NASA/Caltech,
Etats-Unis) dans le cadre d'une prestation contractuelle
(expérience MISTE). Depuis quelques années, ils
permettent d’utiliser l'Effet Piston comme un outil pour «
sonder » les propriétés des fluides supercritiques
très près du point critique, dans une logique de
problème inverse. Dans ce cadre-là, nous conduisons avec
le JPL une expérience sur le point critique de l'Hélium 3
dont je suis co-investigateur, expérience dans laquelle une
connaissance précise de la dynamique proche-critique est
utilisée à la fois pour compenser les effets de
stratifications communs à ce genre de systèmes et pour
effectuer des mesures de thermométrie instationnaire. Les
résultats finaux sont attendus d'ici la fin de l'année
2007. Enfin, une collaboration avec l'équipe du Pr. Onuki de
l'Université de Kyoto et un laboratoire de l'Agence Spatiale
Japonaise à Tokyo (JAEA/JAXA) vient de débuter. Pour la
première fois, cette équipe a pu mesurer directement par
interférométrie les ondes thermoacoustiques responsables
de l'Effet Piston. J'assure la modélisation théorique de
l'expérience, et j'apporte un soutien à sa direction
scientifique.
Fluides supercritiques sous
gravité
P. Carlès, L. El Khouri, R. Bonnefoi, en collaboration avec
l’équipe de Horst Meyer (Duke University, Etats-Unis) et
l’équipe de M. Barmatz au JPL (NASA/Caltech, Etats-Unis)
A l’aide de méthodes mixtes
faisant intervenir les outils classiques de l’analyse de
stabilité couplés avec les méthodes asymptotiques
multi-échelles, on étudie dans cette action
l’hydrodynamique des fluides supercritiques en présence
d’un champ de gravité (en particulier l’apparition
d’ondes internes de gravité et l’instabilité
convective de Rayleigh-Bénard). Ces travaux ont montré
que ces fluides reproduisaient à petite échelle des
mécanismes observés jusque-là seulement dans les
écoulements géophysiques, ce qui suggère de les
utiliser comme des modèles de laboratoire pour reproduire
à petite échelle certains écoulements
atmosphériques ou océanographique. Un examen plus
approfondi de ces analogies est en train d’être conduit, au
travers d’un rapprochement avec la communauté des
géophysiciens (Anne Davaille au FAST). Ce type d'étude a
un impact indirect sur notre expérience en coopération
avec le JPL, dans la mesure où les modèles que nous
développons sont un élément capital du
dimensionnement de l'instrument et de son exploitation dans le cadre
d'une exploration paramétrique systématique.
Dynamique de corrosion en fond de
fissure en eau supercritique
P. Carlès, en collaboration avec l’équipe de
Jean-Pierre Petitet (LIMHP, Paris 13) et l’équipe de
François Cansell (ICMCB, Bordeaux 1)
Cette action s’est
développée de 2000 à 2004 dans le cadre d’un
consortium industrie/CNRS impliquant des laboratoires du CNRS et des
industriels de l’acier et du génie des
procédés (Consortium Matériaux pour les
Procédés mettant en œuvre un Fluide Supercritique).
L’objectif de ce consortium était d’identifier les
causes de la très forte corrosion subie par les aciers en
milieux oxydants supercritiques (en particulier aqueux), et de proposer
des stratégies pour remédier à cette corrosion.
Dans le cadre de ce consortium, notre participation a visé
à analyser l’influence de l’hydrodynamique
particulière des ma supercritiques sur les mécanismes de
corrosion et son rôle éventuel dans les anomalies
constatées. Un modèle théorique de comportement du
fluide supercritique en fond de fissure a été
développé, modèle qui prédit l'existence
d'un couplage thermo-chimique entre le fluide supercritique et la paroi
d'acier (phénomène de micro-jets par dilatation
thermique). Ce mécanisme pourrait expliquer en partie la
corrosion anormale observée. Des confrontations
expérimentales avec les mesures du LIMHP ont été
réalisées. En parallèle, je travaille sur
l’extension du modèle à d’autres situations
présentant des similarités paramétriques, comme le
cas des réacteurs tubulaires en eau supercritique par exemple.
Simulation numérique
d'écoulements de fluides supercritiques
P. Carlès, L. El Khouri, R. Bonnefoi, en collaboration avec
l’équipe d'Olivier Daube à l'IUP d'Evry
Les couplages thermoacoustiques complexes
survenant au voisinage du point critique rendent la simulation
numérique directe des écoulements de fluides
supercritiques très difficiles. Une des techniques ayant fait
ses preuves pour cela est l'utilisation de codes dits "faibles-Machs",
qui reposent sur le développement asymptotique des
équations de la mécanique des fluides en puissances du
nombre de Mach au carré (méthode de filtrage acoustique
de Paolucci). Dans le cadre d'une collaboration avec l'équipe
d'Olivier Daube de l'IUP d'Evry et du LIMSI, nous examinons comment
adapter ces schémas à des équations d'état
réelles, afin de développer des codes permettant des
simulations quantitatives des écoulements de fluides au
voisinage du point critique.
Collaborateurs à l'Institut Jean le Rond d'Alembert
Coopérations Nationales
Coopérations Internationales